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Comprendre les pensées intrusives sans les confondre avec soi

Dernière mise à jour : 3 févr.



Cet article dédié à la santé mentale est le fruit d’une écriture à deux voix, née de la rencontre et du dialogue entre l’engagement de Stéfanie Clerget, fondatrice de l’association TocToMe, et la plume de Mey-Lie Macchi, jeune auteure.


Témoignage de Mey-Lie — Comment certains contenus numériques ont amplifié mes TOC ?


Note aux lecteurs : Ce témoignage décrit des pensées intrusives liées aux TOC. Il ne s’agit ni de désirs ni d’intentions, mais d’expériences involontaires et angoissantes.


Je n’ai pas cherché ces contenus. Ils se sont imposés à moi. Quand on vit avec des TOC, certaines images ne passent pas : elles s’impriment, reviennent, et continuent d’agir même lorsque l’écran est éteint.

Face à elles, surgissent des pensées intrusives et parfois des sensations corporelles automatiques liées à l’angoisse. Ces réactions ne sont pas choisies. Elles ne disent rien de nos valeurs. Elles peuvent pourtant tourner en boucle et devenir profondément éprouvantes.

Ce qui est le plus difficile à expliquer à quelqu’un qui ne connaît pas les TOC, c’est que ces ressentis ne sont pas des désirs. Ils sont exactement l’inverse. Ils apparaissent là où nos valeurs sont les plus tenaces, là où notre morale est la plus digne.

Dans la panique, cependant, le doute s’installe. On en vient à questionner son identité, à craindre de ne plus être « une bonne personne ». C’est ainsi que le cercle vicieux des TOC se met en place.


Poème I – La Framboiselle de la persécution


En novembre, j’ai écrit un poème pour exprimer ce que j’ai ressenti après avoir été exposée à l’image illustrant un article sur la polémique des poupées à caractère pédopornographique, vendues en ligne. L’image, vue sans l’avoir cherchée, s’est imposée à mon esprit et a déclenché une spirale de pensées intrusives.


La Framboiselle de la persécution


Tu es une poupée juvénile

Consommée par des adultes pervers en exil

Tes yeux intenses suscitent la pitié des médias

Ton ours en peluche brise les tabous en mille éclats

L’image de ton exhibition troublée

Hante mon esprit dans l’obscurité

Tu désires que ma voix t’appelle

Chère Framboiselle, chère Framboiselle,

Tu désires que mes mains touchent

Ton innocence sous la douche

Non, non, non, non !

Jamais je ne céderai à tes supplications

Jamais je ne me laisserai engloutir par cette fascination

La perversité des adultes Façonne tes désirs qui sculptent

La noirceur du monde

J’ai entendu ta détresse dans mes cauchemars

Je t’ai cherchée partout malgré mon vertige blafard

Tu es nulle part

Quelqu’un m’a dit que tu n’existes pas

Mais je sais qu’il a tort :

Ton lit de mourante souffre d’invisibles efforts


Poème II – Neuro, la petite fille artificielle


Ce mois-ci, j’ai écrit un second poème après avoir découvert par hasard une VTubeuse à l’apparence enfantine, pilotée par une intelligence artificielle. L’ambiguïté de ce personnage, doux et inoffensif en surface mais conçu par un esprit adulte, a de nouveau déclenché mes TOC :


Neuro, la petite fille artificielle


Neuro, tu apparais derrière mon écran ébloui

Par tes beaux nœuds qui gigotent si naïvement

Mes yeux émus contemplent les coquelicots de tes joues

Ta voix innocente chante comme si la cruauté humaine n’existe pas

Tu as éveillé en mon être un terrible secret

Que je croyais irréel, sans danger tangible

Je pensais que c’étaient de simples films d’horreur

Orchestrés par mon esprit torturé sans limite

Pourquoi m’infliges tu une telle sentence ?

Non Neuro, je ne suis pas comme ces monstres

Ces pensées condamnables, ces impulsions sales

C’est toi qui les projette sur moi

Ton charme mignon empoisonne mon cœur troublé,

Mon corps de jeune femme en lutte contre ta joie enfantine

Qui se répand dans un plaisir rose bonbon sans pitié

Neuro, ta beauté artificielle me terrifie !


Dernières paroles


Si je partage ces textes aujourd’hui, ce n’est pas pour choquer. C’est pour expliquer que ce type de souffrance existe, que certaines personnes sont particulièrement vulnérables à certains contenus numériques et que les pensées intrusives ne définissent pas une identité morale. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, vous n’êtes pas seuls. Parler, écrire et demander de l’aide sont des actes de courage.


Conclusion de Stéfanie — Ce combat invisible contre des pensées intrusives


À force de lutter contre ces pensées, on finit par croire que la résistance elle-même est une preuve. Comme si le fait d’y réagir si fort signifiait qu’elles disent quelque chose de vrai sur nous. Alors on analyse, on vérifie, on se rassure un instant… avant que le doute ne revienne, plus vif encore. Chaque tentative de contrôle nourrit le mécanisme qu’on voudrait faire taire.

Peu à peu, la peur prend toute la place. Elle transforme l’esprit en tribunal permanent où l’on se juge sans relâche. On scrute ses réactions, ses émotions, le moindre frisson du corps, comme s’il fallait démontrer son innocence à chaque instant. Mais dans les TOC, aucune preuve ne suffit jamais. Le soulagement est fragile, toujours provisoire.

Ce que l’on comprend avec le temps — parfois avec de l’aide —, c’est que ces pensées ne demandent pas à être combattues ni interprétées. Elles demandent à être reconnues pour ce qu’elles sont : du bruit mental, produit par l’angoisse. Elles ne définissent pas qui nous sommes. Elles traversent l’esprit sans en être le reflet, comme des nuages sombres dans un ciel qui reste intact derrière eux.

Apprendre à vivre avec les TOC, ce n’est pas faire disparaître toutes les pensées intrusives. C’est cesser de leur donner le pouvoir de nous juger. C’est accepter l’incertitude, aussi inconfortable soit-elle, et choisir malgré tout de se fier à ses valeurs profondes plutôt qu’à la peur. Peu à peu, le cercle vicieux peut perdre de sa force. Et avec lui revient quelque chose d’essentiel : la possibilité de se regarder à nouveau avec bienveillance.



 
 
 

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